Bienvenue mes délicieux amis, passionnés de l’occulte. Ce soir dans mon manoir, je vous propose une petite séance de spiritisme afin de résoudre une affaire de meurtre sordide ! Un majordome dans un château écossais. Son esprit se manifestera à nous par l’émission de flashs d’images, il nous aidera ainsi à trouver le véritable assassin qui court en liberté depuis tant d’années !
Dans la lignée des « jeux d’images » à laquelle Libellud a donné présence dans le monde ludique tels que les DIXIT, Mysterium est un jeu artistique, pas forcément novateur, mais où l’ambiance offerte par la thématique, le matériel et la musique (offerte avec le jeu au format MP3 sur le site de l’éditeur), vous plonge en immersion dans cette soirée spiritisme entre amis.
La Mécanique ?
Mysterium est un jeu coopératif asymétrique. L’un des joueurs prendra le rôle du fantôme et ne pourra pas s’exprimer de la partie autrement que par des coups de poing sur la table, 1 coup pour non, 2 coups pour oui, et en distribuant de grandes cartes aux illustrations oniriques complexes, souvent incohérentes de par leurs éléments,dont il aura un nombre limité, aux médiums venus résoudre cet ancien meurtre.
Les autres joueurs incarnent aussi bien une cartomancienne qu’un numérologue ou encore une radiesthésiste. Cependant malgré un background bien travaillé des personnages, on regrette l’absence d’impact de leurs spécialités au cours de la partie. En effet, c’est à votre sagacité et uniquement elle que le jeu fera appel tout au long de la partie. Vous devrez interpréter le message de l’esprit grâce à certains éléments sur votre carte, en prenant garde de ne pas vous laisser influencer par d’autres points parasites, afin de définir ce qui vous aura été attribué comme assassin, lieu et arme du crime. Chaque joueur possède une combinaison unique de ces 3 éléments à découvrir avant d’élucider le mystère lors de la confrontation finale avant le petit matin, soit 7 tours de jeu.
Une interaction légère existe entre les différents médiums, à savoir celle de parier sur la réussite ou l’échec de vos comparses dans l’interprétation de l’image qui leur a été donné. Ceci faisant, vous montez un score qui vous offrira plus ou moins d’indice pour désigner l’ultime coupable en fin de partie. Je trouve cette mécanique ennuyeuse et peu intuitive. En effet au cours de mes nombreuses parties, j’ai constamment dû rappeler aux joueurs de ne pas oublier de voter une fois leur choix définis, cependant la plupart ne prenaient même plus le temps de voter à la fin tant l’intérêt de la manœuvre est dérisoire. Je gage qu’il s’agit là d’une mécanique rajoutée pour ne pas avoir l’impression de perdre 2 minutes de son temps à attendre que les autres aient finalisé leur choix avant la fin du sablier.
Un autre point de jeu qui reste un « mystère » et que je considère comme une faiblesse: pourquoi plusieurs médiums se voient initialement attribuer chacun un ensemble suspect / arme /lieu dont on sait pertinemment qu’un seul sera le bon. Ceci amène également une certaine confusion en fin de jeu, aussi n’est il pas rare d’entendre un « mais du coup ça servait à quoi que je trouve ma combinaison? »
 

Les illustrations?
A l’instar de DIXIT, vous aurez donc à faire à un art assez naïf dans sa réalisation, mais complexe dans sa composition. Un poisson en forme de chat dans un bocal avec des ronces autour, une armure de chevalier dans un sablier qui s’écoule, tant d’images incongrues aux tons pastels qui peuvent imprégner chez les joueurs l’idée du médium avec une image « flous ou imprécise » envoyée par un esprit. On accroche ou pas avec ce type d’art. Personnellement je trouve certaines cartes vraiment élégantes, et prend systématiquement le temps de la contemplation à la recherche d’un message caché, non pas du fantôme mais de l’un des illustrateurs.
Le travail sur les suspect est très intelligent. Chaque personnage semble dégager une réelle personnalité alors que des objets associés à leurs cartes peuvent orienter les indices de l’esprit. Les lieux révèlent un aspect global assez lugubre mais très bien réalisé. On se sent vraiment plongé dans des scènes sombres et mystérieuses d’une demeure chargée d’histoire.
Notez qu’il est possible de combiner ce jeu avec les cartes de DIXIT afin d’augmenter les illustrations à faire deviner.
MYST_ELEMENT9.png
Le Matériel?
La composition de la boîte est un réel plaisir pour les yeux à l’ouverture. Un magnifique écran de jeu pour l’esprit dans lequel des pochettes plastifiées lui permettront de créer des combinaisons de suspect pour les joueurs, un compte tour sous forme de pendule en 3D avec une aiguille à faire tourner. Des pions joueurs en forme de boule de cristal plastique, colorés et transparents, complètement dans le thème, avec quelques jetons en cartons. Des pochettes en papiers permettant aux médiums de ranger leurs combinaisons de cartes au fur et à mesure qu’il les découvrent. Je pourrai presque dire que la boîte à elle seule est une indication à l’achat du jeu tant son contenu est adapté, bien pensé et beau.
Un gros bémol cependant, s’agissant d’un jeu de cartes, il devient très difficile de ranger ces dernières une fois « sleevées », car leur format n’est plus adapté au thermoformage initial.
MYST_BOXECLATE1.png
La Rejouabilité ?
Mysterium possède un énorme avantage quant à la rejouabilité : son asymétrie ! passez du médium au fantôme et vous constaterez alors l’écart qu’il y a à jouer ces deux rôles. Nombre de fois j’ai entendu des « c’est facile de jouer fantôme je veux essayer » suivi de « la vache c’est super dur j’ai rien de logique à vous donner » !
Bien que le nombre d’illustration soit limité (comptez quand même 84 illustrations de « visions »), elles seront toutes soumises à la sensibilité de celui qui la donne comme de celui qui la reçoit, ce qui permet d’utiliser la même carte différemment selon la situation.
De ce point de vue, le seul handicap que j’ai relevé à ce jeu réside dans le fait d’y jouer à deux, ou systématiquement avec la même personne. En couple, mon épouse et moi même connaissons après plusieurs parties notre logique interne et du coup les éléments auxquels attacher de l’importance sur une carte. Pour ma part je suis très orienté sur les formes et les couleurs, alors qu’elle est plutôt axée sur la scène et son message. Entre Métaphore et Forme, nous n’avons plus trop de surprises à jouer à ce jeu ensemble.
Conclusion ?
 

 

Libellud possède un réel sens artistique lorsqu’il s’agit de l’apparence d’un jeu, de son design et de son illustration, voilà pourquoi j’adore ce qu’il produise de manière général. Mysterium ne déroge pas à leur gamme, tant dans le soin apporté aux illustrations qu’au matériel, le tout dans un univers très marqué et imprégné d’un background logique et bien rendus.
C’est plutôt au niveau de la fluidité du jeu que quelque chose cloche, et ce bien avant les douze coups de minuit. la faiblesse des interactions entre joueurs médiums ainsi que les multiples combinaisons de suspects qui ouvrent vers de fausses pistes sont à mon sens deux gros points négatifs de ce jeu. Cependant, gardez à « l’esprit » que selon que vous jouerez le fantôme ou un médium, votre expérience sera radicalement transformée au point d’avoir l’impression de jouer à un autre jeu que vos amis.
Passionnés de belles choses et de jeu d’ambiance, Mysterium sera fait pour vous. Si vous recherchez des mécaniques logiques et complexes, passez votre chemin.
cropped-logo_v4pour-png_plan-de-travail-1.png


Philibert

Achetez ce jeu sur www.philibertnet.com