Délicieux Amis sangsues bonjour ! Au menu pour vous : soupe d’hémoglobine sur son lit d’hématies ! Face à un tel met raffiné, délicat et sanguinolent, vous avez sans doute compris qu’il s’agit d’un article sur nos sombres amis les Vampires !

L’occasion qui m’amène à vous parler d’eux est la réception d’un exemplaire presse de Vampire : The Eternal Struggle (5ème édition). Ce jeu ancien de plus de 25 ans est donc aujourd’hui traduit et édité dans notre Hexagone pour le plus grand plaisir des passionnés de jeux de cartes aux coups bas, aux morsures et aux intrigues politique où négociation et influence sont de mise.

Un grand merci Event for Games pour m’avoir permis de découvrir cette ancienne licence remise au goût du jour !

La Mécanique :

Avant toute chose, gardez à l’esprit que Vampire : The Eternal Struggle (VTES) contrairement à la grande majorité des jeux de cartes, n’est pas un jeu de duel. Vous pouvez bien sûr y jouer à deux, mais il perd alors 90% de son intérêt.

La raison est simple : en tant que Mathusalem, soit l’une des plus anciennes et puissante forme de Vampire qu’il soit, vous influencez des vampires inférieurs en leur offrant du sang de votre réserve pour les contrôler et disposer ainsi de serviteurs avec lesquels agir. Suivant la logique de toute chaîne alimentaire, vous le joueur à votre droite est votre proie, l’éliminer vous rapporte 1 point de victoire, alors que votre joueur de gauche est votre prédateur, avide de mettre un terme à votre existence.

Vous comprenez alors l’importance de jouer à plus de 2 joueurs à VTES, afin de conserver cette dynamique de chasseur chassé. Cependant, 3 joueurs n’est pas non plus un nombre idéal pour une partie, car chacun étant la proie et le prédateur du joueur voisin, la notion de coalition devient par essence presque impossible. Le jeu peut se jouer jusqu’à 5 joueurs, mais 4 me semblent être le strict minimum pour en profiter pleinement.

Les 5 Maisons Vampire, chacune très spécifique !

Chaque joueur dispose d’un deck de 60 à 90 cartes réparties en deux catégories : la Crypte, regroupant vos futurs serviteurs vampires, et la Bibliothèque où sont stockés de nombreux types de cartes, allant de serviteurs mineurs aux actions, aux cartes de combat ou de modification, aux lieux …

En vert, la Bibliothèque, en Ocre, la Crypte

Au cours de la partie divisée en manches de 5 phases, vous jouez de puissantes cartes Maître offrant des bonus à votre camp ou entravant vos adversaires, puis invoquez vos serviteurs ou leur faites réaliser des actions, avant d’influencer vos vampires incontrôlés en puisant dans votre réserve de sang.

Aire de jeu d’un Mathusalem après quelques tours

Le concept proposé par VTES pour jouer des cartes fait appel à une notion de compétences. Les différents Vampires possèdent plus ou moins de compétences à un niveau simple ou avancé, sans lesquelles ils ne peuvent jouer certaines cartes. La majeure partie du temps, ils s’emploient à Mordre vos adversaire afin de drainer leurs réserves de sang.

Horace peut utiliser l’une ou l’autre de ces cartes puisqu’il possède les bonnes compétences au niveau avancé

Selon l’opposition d’un score de discrétion de l’attaquant contre l’interception du défenseur, l’action entreprise réussi ou non. En cas d’échec un combat s’ensuit. 

Enfin les actions politiques sont l’un des aspects les plus intéressant que j’ai pu découvrir avec ce jeu. Certaines cartes démarrent un référendum au cours duquel chaque joueur vote. Les voix sont comptabilisées grâce aux votes des joueurs mais également avec l’influence de certains Vampire. Un Primogène (titre de noblesse) apporte une voix à son Maître, alors qu’un prince en apporte deux, etc… 

C’est grâce à cette mécanique qu’une grande part stratégique se révèle, car chacun possède une opportunité de lire l’état du jeu et décider s’il peut trouver un bénéfice au référendum, quant au joueur qui l’a proposé, il n’est pas certain de voir son plan se réaliser.

Dans l’ensemble, VTES propose de découvrir une manière assez innovante, face aux alternatives du marché, de jouer à un jeu de cartes compétitif. Disposant de règles basiques pour faciliter la prise en main et la compréhension du jeu, de nombreuses règles avancées viennent édulcorer les stratégies en cours de partie.

Le Kit de démarrage, disponible depuis le 30 novembre, propose 5 decks préconstruits mettant en avant chacune des 5 grandes maisons Vampire, chacune avec son style de jeu bien particulier.

Pour commencer, je me suis senti perdu au beau milieu d’un livre de règles trop dense et complexe contenu dans la boîte. Il m’a fallu plusieurs jours de lectures et heures de vidéo-règles avant de me lancer dans une partie, hors même à ce moment je n’étais pas persuadé d’avoir compris ni la bonne manière d’y jouer, ni comment attendre la victoire. Il y a de nombreux points de règles à retenir pour une première partie, à tel point que je n’ai pas eu le courage de relire les 53 pages du livret pour découvrir les règles avancées.

Bien que les decks de base soient composés de 89 cartes, la majorité sont en plusieurs exemplaires. On peut retrouver 8 fois la même carte dans certains jeux. En résumé, chacun contient environ 20 à 25 cartes uniques en plusieurs exemplaires, ce qui m’a terriblement ennuyé tant j’ai eu l’impression de manquer de choix dans ma capacité à jouer.

Avec un départ terriblement mou à chaque partie pendant les 3 premiers tours où l’on ne peut concrètement rien faire si l’on a un mauvais tirage, la limite de variété des cartes m’a donné l’impression de faire la même chose à chaque tour et de la même manière : je mords, je gagne un bonus de discrétion, j’améliore ma morsure, fin…

Le Matériel et les Illustrations :

Dans une petite boîte aux dimensions parfaites pour accueillir les 5 Decks dans leurs emballages et les jetons ainsi que les aides mémoires et fiches stratégiques très pratiques, l’ensemble se retrouve pertinent et bien présenté.

Néanmoins de nombreux détails concernant les cartes en elles même m’ont beaucoup dérangé.

En premier lieu, la mise en page des cartes est pour le moins déroutante pour qui à l’habitude de jouer à Magic ou à d’autres jeux de cartes. La marge à gauche contient l’ensemble des informations de la carte : son type (indiquant donc quand elle peut être jouée), les pré-requis en capacité pour pouvoir être jouée par un Vampire et le coût en sang nécessaire à sa pose.

La boîte de texte contenant la description de l’effet de la carte m’a semblé désagréable à lire. Soit elles sont trop remplies, soit le “flavor text”, ou le petit texte narratif souvent présent en bas de boîte pour “habiller” la carte, est d’une taille de police similaire ou presque, en quantité parfois plus importante que l’effet de la carte, rendant plus difficile et gênante sa compréhension.

Quelques Vampires de la maison Nosferatu

Enfin les illustrations m’ont dans l’ensemble dérouté. De manière assez commune à d’autres JCC de ce type, de nombreux illustrateurs participent à la mise en scène des cartes. Cependant j’ai trouvé le décalage trop fort entre les différents types choisis, entre l’illustration 3D, la peinture ou le dessin souvent un peu trop “à l’ancienne”… Il y a une perte de cohérence qui ne m’a pas plu, sans compter l’allure beaucoup trop Rétro des cartes en générales.

Des illustrations pas très aguicheuses aux styles variés

En Conclusion :

Vampire : The Eternal Struggle se pose comme un jeu peaufiné et raffiné depuis un quart de siècle, opposant jusqu’à 5 joueurs dans de longues joutes où vous devez montrer les crocs, manigancer et nouer de bonnes alliances pour vaincre vos proies. Favorisant l’échange et les interactions au cours des parties, il est donc important d’y jouer à plus que quatre joueurs pour en profiter pleinement.

Je comprends qu’il ait, depuis de nombreuses années, fédéré de nombreux joueurs autour de sa mécanique particulière, cependant quelques points matériels comme mécaniques confirment que ce jeu n’est pas un candidat à ma liste de JCC favoris. En effet, ces Decks aux nombreuses cartes similaires rendent les parties trop répétitives dans les actions disponibles, et trop aléatoires dans le tirage. Les débuts de parties m’ont systématiquement paru mous et insipides.

VTES n’est donc pas fait pour moi, mais peut être que vous y trouverez satisfaction si vous aimez les jeux de cartes faisant appel à la négociation, à la stratégie et à l’influence.

Retrouvez ce jeu sur Philibert.